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Yesteryear de Caro Claire Burke

Dans Yesteryear, on suit Natalie, une femme au foyer antipathique, façonnée par un milieu ultra‑conservateur américain. Elle est devenue une star des réseaux sociaux en glorifiant une vie aux valeurs d’antan, avec un mari entièrement dévoué à sa ferme, une ribambelle d’enfants et un quotidien soigneusement mis en scène, bien plus artificiel qu’elle ne le laisse croire. Jusqu’au jour où tout bascule : Natalie se réveille dans ce qui semble être les années 1850. Plus d’électricité, plus de confort moderne, plus de réseaux sociaux. Tout a disparu, sauf un décor étrangement familier.

À partir de là, le roman prend des allures de thriller psychologique. Est-ce une punition ? Un rêve ? Un phénomène mystique ? Ou une gigantesque mise en scène comme dans le film The Truman Show? Cette incertitude crée une tension continue qui donne envie de poursuivre la lecture sans jamais décrocher.

Ce qui m’a vraiment marquée dans cette lecture, c’est le fond de l’histoire, qui montre que Natalie est finalement le produit du patriarcat et du puritanisme qui l’ont façonnée. Sa relation à Dieu en dit long : elle lui parle sans cesse, s’excuse dès qu’elle dit un gros mot et se surveille en permanence. À force de répression, elle s’est enfermée dans une identité qu’elle finit par confondre avec elle-même.

Le roman possède aussi une dimension satirique, qui apparaît notamment dans la manière dont certains personnages sont construits. Sa belle-famille, issue d’un milieu politique conservateur, est tellement caricaturée qu’elle semble incarner à elle seule les excès du système dans lequel Natalie a grandi. Son cauchemar devient alors une confrontation entre la femme qu’elle croit devoir être et celle qu’elle s’est empêchée d’être, y compris dans sa capacité à aimer et à être aimée. Le roman propose également un regard intéressant sur ces influenceuses aux vies ultra-traditionnelles, les « tradwives », qui fascinent autant qu’elles dérangent.

Difficile à classer, Yesteryear navigue entre thriller psychologique, satire, dystopie, fiction féministe et roman de société. Cela peut dérouter, surtout dans sa fin, mais cela le rend aussi profondément singulier. Une lecture mitigée, dérangeante, oui, mais certainement l’un des romans les plus originaux que j’ai lus récemment.

Mathilde 

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