
Mes deux grands-mères étaient totalement différentes : l'une lotoise, de la campagne, et l'autre de la ville.
Mes meilleurs souvenirs sont lotois.
En lisant ce roman, je revoyais Mamé qui parlait à ses fleurs.
Philippe Torreton a voulu rendre hommage à sa mémé sans faire tout à fait comme une rédaction : une introduction, un développement et une conclusion. Il a son propre langage pour raconter son enfance avec sa grand-mère et cela m'a émue.
On sent l'homme qui a souffert du manque de tout de celle qu'il aimait.
Mais je pense que ceux qui ont vécu la guerre et qui ne pouvaient pas avoir ce qu'ils désiraient durant cette dure période ont, par la suite, changé leurs habitudes. Ils ne jetaient pas n'importe quoi, comme je le vois autour de moi aujourd'hui.
J'ai été élevée à faire attention.
Ma mère me disait qu'elle avait fait une robe avec un rideau.
Combien de fois, dans ma famille lotoise, ai-je entendu : « Cela pourra servir ! »
Et tout était conservé précieusement au grenier.
Sa mémé se sacrifiait pour ses enfants et ses petits-enfants. Pour elle, le strict minimum. Une femme dur pour elle-même et qui ne savait pas embrasser.
J'ai adoré le passage : « mémé avait une carabine… tout en haut de son armoire. » Ceux qui me connaissent vont rire !
Ma grand-mère lotoise n'avait pas de combine CGT, je dirais bien à l'auteur, mais des truffes, oui, des truffes qui sentaient très fort, pas comme celles d'aujourd'hui !
J'ai embaumé tout un compartiment de train quand j'ai mangé un sandwich au foie gras avec des lamelles de truffes en rentrant de vacances. (Merci Mamé !)
Moi aussi, je la revois toujours en blouse. Elle aussi était veuve et elle s'occupait de son frère, aveugle de la guerre de 14.
Veuve, car mon grand-père avait respiré le gaz durant cette fichue guerre qui a fait tant de morts.
Mamé me mettait une brique chaude dans le lit. Pas de bouillotte !
Philippe ramassait les pommes pour le cidre, moi des prunes ou du raisin.
Moi aussi, Philippe, quand j'allais chez Mamé après la pluie, j'avais des paquets de terre argileuse sous mes bottes. J'allais dans les vignes.
Elle aussi possédait une vieille Singer incrustée dans une table, avec une grande pédale, je crois en fer forgé.
Rien ne se perdait.
Le frigo et la télé sont arrivés tard. Ils écoutaient la TSF.
L'évier était en pierre et l'écoulement allait dehors.
Philippe, nos grands-mères se ressemblent. Elles ont souffert, peut-être différemment. Mais souffert !
Toutes ces femmes qui ont connu les guerres savaient qu'il ne fallait pas gaspiller et qu'il fallait respecter la nourriture et les vêtements.
Nos grands-mères parlaient peu, mais elles débordaient d'amour pour leurs enfants et leurs petits-enfants.
Mamé, Mamie, vous êtes toujours dans mes pensées.
Merci Philippe pour cet hommage. Un hommage à toutes les mémé, Mamé, Mamie...


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