Andrea Camilleri

 De la part de Joèl

Message du 01/02/20 17:05
> De : joel
> A : “Marie-Reine” 
> Copie à :
> Objet : Elucubrations!
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> Bonjour Marie-Reine. Comme je parle peu sur Latulu mais que j’en aime l’amical esprit, je viens livrer aujourd’hui quelque élucubrations! J’aime beaucoup les nouvelles d’Andrea Camilleri qui nous a quittés l’an dernier après une vie littéraire bien remplie. Ces nouvelles qui sont le plus souvent de courtes intrigues policières situées en Sicile sont, je trouve, intéressantes par leur style, difficilement traduisible, la psychologie truculente des personnages mais aussi par la couleur locale si vivement rendue qu’on est transporté dans l’île italienne, le temps de leur lecture et, pour ceux qui sont attachés à l’histoire elle-même, par une enquête policière à découvrir.

> Récemment, je lisait “Tocco d’artista” qu’on peut traduire par “Lubie d’artiste”. Cette lubie concerne les moyens tordus qu’un personnage intéressant et un peu “à l’ouest” diraient les jeunes, imagine pour son suicide. Je ne veux pas ici raconter l’histoire qui pourrait amuser d’autres lecteurs. Or, dans la nouvelle, on apprend qu’un aristocrate polonais cultivé, Jean Potocki vivant entre la fin du dix-huitième siècle et le début du dix-neuvième avait pour se suicider, taillé à la mesure de son pistolet et en forme de la balle nécessaire, le bouchon d’argent arraché d’un sucrier qu’il avait fait bénir avant de l’utiliser comme prévu. Cette lubie, connue du personnage de Camilleri, l’avait incité à en inventer une autre.

> Mais Camilleri, prévoyant que ses lecteurs moins cultivés que lui pourraient ne rien savoir de Jean Potocki, évoque brièvement le fait que cet homme fut un fort brillant écrivain autant qu’un grand voyageur, écrivant en français et que son livre “Le manuscrit trouvé à Saragosse” est un chef d’oeuvre un peu oublié de la littérature française. Il n’en fallait pas plus pour que je me le procure.

> D’abord un peu affolé par ce volume de huit cent pages imprimées en corps réduit, l’amateur de nouvelles que je suis s’y est plongé comme dans une eau trop fraîche et ne le regrette pas. En fait, le livre est une espèce de fourre-tout se déroulant sur une soixantaine de journées à travers la Sierra Morena au cours desquelles se rencontrent divers personnages qui tous ont une histoire à raconter. Cela forme une espèce de somme des connaissances de l’époque (et l’on est étonné de ce savoir que bien souvent on n’imagine pas) mais aussi de superstitions religieuses mêlées à un désir de respect de l’autre, qu’on pourrait souvent prendre en exemple, d’aventures érotiques mais jamais pornographiques qui montrent bien que nous n’avons rien inventé, bref cela forme une sorte de récit picaresque truculent où l’on ne se perd pas dans la foule des intervenants à cause de la façon dont les diverses histoires sont délimitées bien qu’elles s’imbriquent dans un tourbillon divertissant.

> Peut-être beaucoup de Latulu connaissent déjà ce livre et je ne leur apprendrai rien. Mais ce n’est pas mon but. Mon but est plutôt de dire mon plaisir et peut-être d’en provoquer un analogue chez ceux qui, comme moi, ont tant à découvrir.

> Chaleureusement et cordialement,  Joël