Albert Camus

13/03/20 14:41
objetLATULU
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   Objet : LATULU >
Bonjour,>  > Si vous voulez découvrir Albert Camus, je vous recommande le Hors Série du FIGARO sur cet écrivainJe me suis régalée à découvrir sa vie, son oeuvre, ses amis et ses ennemis, son époque etc….A part un passage d’un philosophe connu qui a mis à mal mes petites cellules grises. (Au secours Bernard Benit j’ai besoin d’explications) la lecture est agréable.>  > Après un court passage chez les communistes, il a vite découvert les mensonges de cette politique.Sartre ne l’a pas accepté car pour lui peut importe les conséquences et les souffrances du peuple russe pour obtenir la victoire du communisme. Je pense qu’à cette époque j’étais bien seule à ne pas apprécier Sartre. J’avais d’excellentes raisons ! Christine, ma chère cousine parisienne, je pense peut les deviner. (une pensée pour Agnès et Francine).Homme à femmes, sensible, en avance sur son époque Albert Camus s’est battu pour ses convictions.  Cette belle revue sur papier glacé comporte de nombreuses photos du personnage et reproductions de tableaux sur l’Algérie où il  vécut .Cela me permet de mieux comprendre la correspondance d’Albert Camus avec Marias Casarès que je lis  à petites doses.” Livre énorme prêté par Joèl”. Je compte relire La peste, l’Etranger etc. qui dorment dans ma bibliothèque et je laisse de coté La nausée, le mur, les mains sales … de Sartre. Bonne lecture Marie Reine >  >  Ci-après l’ avis de Joèl ( un beau texte ! ) sur le hors-série du Figaro sur Albert CAMUS   >  >  > Message du 12/03/20 15:18
> De : joel
> A : “Marie-Reine”
> Objet : Le Figaro
>
>> Chère Marie-Reine,> Ceci est plus une lettre qu’un simple courriel et si j’use pourtant de l’informatique pour te l’envoyer, c’est que cela t’évitera de descendre jusqu’à la boîte à lettres et l’écriture sera plus facile à déchiffrer! C’est la lecture du Figaro sur Camus que tu m’as passé, qui me donne envie de t’en remercier.C’est rigolo de constater que toi, qui prétends ne rien comprendre à ma façon d’appréhender la lecture, tu aies déjà à deux reprises si bien «visé»! Je pense d’abord à ce petit roman que tu m’avais décrit comme une bouffonnerie (En attendant Bojangles) et maintenant à ce numéro spécial du Figaro que j’ai lu avec grand plaisir.C’est que j’ai retrouvé dans ces pages une infinité de souvenirs de jeunesse. Certes, cela n’a rien à voir avec un plaisir littéraire mais ces souvenirs mêlés à l’intérêt du texte proprement dit, m’ont enveloppé d’une espèce de cocon aussi matériel qu’intellectuel dans la douceur duquel je me suis laissé aller avec volupté!> Mon âge fait que pendant des années j’ai été le contemporain de Camus et très jeune, j’ai fait partie de ses lecteurs. Je ne l’ai jamais rencontré.Mon professeur de philo, Roger Caratini avec lequel j’ai lié une amitié qui a duré jusqu’à sa mort, avait pour Sartre et sa philosophie existentialiste une réelle admiration qu’il m’avait fait partager. Cette philosophie qu’on peut résumer par la célèbre formule: «Tu n’es rien d’autre que ta vie» n’est pas si facile à comprendre profondément et n’a rien à voir avec ce qu’on a depuis appelé l’existentialisme pour caricaturer plus ou moins ceux qui se voulaient «intellectuels» à Saint Germain des Prés, après la guerre. Je me rappelle avoir lu et relu plusieurs fois pour bien en saisir la substance «L’existentialisme est un humanisme» qui, pour ne pas être un gros bouquin, est pourtant d’une densité qui ne se laisse pas si facilement déguster.Pour mieux se familiariser avec cette façon de voir la vie, Caratini conseillait volontiers de lire en outre Simone de Beauvoir, qui dans ses romans comme «L’invitée» la mettait en scène avec ses personnages.> Or Saint Germain des Prés c’est toute ma jeunesse. Ma mère y est née, son oncle, que j’ai bien connu, était maire adjoint de l’arrondissement. Il était très vieille France, habitait rue Bonaparte déjeunait le dimanche chez Lipp, qui à l’époque était encore une brasserie bourgeoise et il était tout le contraire, avec sa barbiche Second Empire, des jeunes «existentialistes» qu’il avait du mal à supporter! J’ai passé une dizaine d’années, en comptant mon service militaire, à l’École des Beaux Arts de la même rue Bonaparte à l’angle de laquelle a habité Jean-Paul Sartre, près de l’orfèvrerie Arthus Bertrand où se fournissait ma famille.> C’est dire si Sartre, je l’ai souvent rencontré sans jamais le fréquenter. Cela a continué quelques années plus tard quand il s’est installé boulevard Raspail non loin de l’immeuble de mes parents, dans un immeuble où je travaillais comme jeune apprenti d’un cabinet d’architecture. C’est que Simone de Beauvoir avait décroché le Goncourt avec «Les mandarins» et en avait investi le fruit dans l’achat d’un grand atelier d’artiste, rue Schoelcher, tout près, qui m’était très familier car il avait été celui d’un sculpteur, M. Broche, à qui ma grand-mère commandait le buste de ses proches. Et je me souviens avec nostalgie mais sans plaisir, des longues séances de pose dans cet atelier…> A partir de cette époque les soirées de printemps passées à côté de Sartre et Beauvoir au «Raspail Vert» à l’angle du boulevard Edgar Quinet et à mi-chemin de leurs deux logis, furent innombrables. C’était quand mes parents décidaient de faire un tour après dîner et qu’on se posait avant de rentrer, pour boire une bière ou une limonade au même bistrot tandis que doucement tombait la nuit.>> Si je te raconte tout ça, chère Marie-Reine, c’est peut-être pour que tu me connaisses un peu mieux, ce qui ne peut que renforcer l’amitié que nous avons créée et à laquelle je tiens, mais c’est surtout pour que tu ressentes ce que j’ai ressenti moi-même à la lecture de toute l’évocation de Camus contenue dans le journal que tu m’as passé. Car figure-toi que depuis longtemps je me demandais, sans l’avoir jamais creusé, ce qui avait pu motiver l’espèce de mépris qui avait poussé Sartre à se brouiller avec Camus malgré l’admiration qu’il reconnaissait avoir pour son talent. Très clairement, il m’apparaît actuellement que l’humanisme de Camus, qui m’a toujours été sensible et qui refusait que pour la meilleure cause du monde on puisse guillotiner un roi, semblait à Sartre de la sensiblerie de fillette. Pour lui, et selon lui pour le peuple, on devait être communiste quelles que soient les méthodes utilisées pour parvenir à ses fins. Or, déjà à l’époque, cela me gênait. Au reste Sartre mit de l’eau dans son vin dans les années suivantes. Rencontrer grâce à toi et au Figaro tant de raisons de mieux comprendre des malentendus de jeunesse bien enfouis dans ma mémoire et que cette lecture a fait resurgir fut un vrai plaisir. Je pense me procurer quelques uns des textes de Camus que j’ignore et, tout particulièrement, son dernier ouvrage posthume et autobiographique largement évoqué dans les articles du Figaro. Peut-être cela me permettra-t-il aussi de découvrir dans sa correspondance avec Maria Casarès qui m’avait semblé trop intime au premier abord, pour en être concerné, des aspects qui m’ont échappé.> En tous cas tout cela m’a donné l’occasion d’être avec toi tout au long de cette longue lettre. Cela m’a beaucoup plu. J’espère ne pas trop t’ennuyer par sa lecture et c’est en te priant de les partager avec Jean-Claude, que je t’envoie une belle série de gros baisers encore possibles par courrier, malgré les miasmes que nous font parvenir les chinois ! A bientôt. Joël